Agent causal La loque américaine, appelée aussi loque filante ou loque puante, est l'une des épizooties les plus dangereuses pour les abeilles, car elle peut rapidement anéantir le couvain tout entier. Elle est provoquée par la bactérie Paenibacillus larvae qui peut sporuler. Les spores peuvent ainsi survivre des dizaines d'années même dans des conditions extrêmes (sécheresse et chaleur). Les jeunes larves (jusqu'à deux jours) sont les plus sensibles à cette maladie, les larves plus âgées ne sont atteintes que si la pression infectieuse est assez élevée, et les abeilles adultes n'en sont pas du tout affectées mais transmettent cependant l'agent pathogène. La loque américaine peut provoquer une importante diminution de la productivité et faire dépérir la colonie d'abeilles. En France, la loque américaine est classé dans les maladies réputées légalement contagieuses. Répartition géographiqueLa loque américaine, en dépit de son nom, est présente dans le monde entier, sauf en Afrique sub-saharienne. Développement
La loque américaine n’affecte pas l’abeille adulte, mais seulement les jeunes larves du couvain, dont elle causera la mort. Elle affecte surtout la larve d’un jour, alors que celle-ci est nourrie par les abeilles nourricières qui lui transmettent du miel contaminé avec des spores de P. larvae. À ce stade d’un jour, seulement quelques spores seront nécessaires pour provoquer l’infection. Déjà au deuxième jour, les larves sont plus résistantes, et il faut des millions de spores pour les affecter.
Après avoir été ingérées, les spores sont réactivées et se transforment en bactéries qui prolifèrent dans les tissus larvaires durant le stade de pré-pupe (vers le jour 8). Les symptômes visuels ne deviennent apparents qu’après la mort, c’est-à-dire juste avant que la larve devienne pupe ou après qu’elle l’est devenue. Les larves affectées ne démontrent pas beaucoup de symptômes tant que l’alvéole n’a pas été operculée. Si on voit des larves ou des pupes malades sans opercules, c’est parce que les abeilles les ont désoperculées elles-mêmes. Ainsi, dans une courte période, un grand nombre de larves sont touchées par la maladie et meurent. Conséquemment, la population d’abeilles n’est pas renouvelée, la colonie (ruche) devient faible et meurt. Symptômes Les symptômes suivants peuvent faire suspecter la loque américaine: Couleur des opercules et affaissement des opercules: Les premiers signes visibles de la loque américaine se situent au niveau des opercules, qui deviendront de plus en plus foncés, jusqu’à noirs. Les opercules des alvéoles infectées ont une apparence graisseuse ou humide, et semblent s’enfoncer dans l’alvéole (concaves).
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| Trous dans les opercules Même si on ne détecte pas de changement de couleur dans l’opercule, les abeilles ouvrières peuvent, elles, dépister un problème et mâchouiller l’opercule, créant ainsi des trous de formes irrégulières, similaires à ceux qu’on remarque quand l’abeille est prête à sortir de l’alvéole. |  | | Couvain en mosaïque composé de cellules fermées, de cellules ouvertes et de cellules contenant des restes de larves atteintes. Le couvain en mosaïque peut cependant avoir d’autres causes, comme les ouvrières pondeuses ou une vieille reine stérile, des conditions météorologiques défavorables ou d’autres maladies, comme la loque européenne ou les mycoses. |  | Étirement (test de l'allumette): Les larves et pupes infectées par la loque américaine se dénaturent et, avec les bactéries, forment un produit élastique qui s’étire lorsqu’on introduit un petit cure-dents dans l’alvéole affectée. On introduit dans l’alvéole douteuse une pointe de cure-dents ou d’allumette et on touille. On remarque alors une masse gluante élastique qui peut s’étirer sur plus de 1 cm sans se casser (jusqu’à 2-3 cm). C’est un test assez caractéristique de la présence de la loque américaine, mais comme sa présence n’est pas constante et totalement fiable, une confirmation de diagnostic par un laboratoire demeure essentielle. Couleur du couvain: Les larves et pupes en santé sont de couleur blanc perle ou nacré. Celles qui sont infectées deviennent couleur café au lait, mais ce changement peut également se présenter dans la loque européenne. Le changement de couleur passe de brun très pâle à presque noir. Environ un mois après le début de l’infection, la larve ou pupe infectée sera complètement séchée et noire. C’est à ce stade qu’on parle de « l’écaille loqueuse » qui repose dans la partie inférieure de l’alvéole. Odeur: L’intensité de l’odeur dépend de la température et du nombre de larves et de pupes affectées. Elle dépend également si l’infection se situe dans une colonie vivante, dans une colonie morte ou dans des cadres. L’odeur se situe entre l’odeur d’oranges pourries et celle du poisson mort. |  |
PropagationLors d'une atteinte par la loque américaine, les spores sont propagées par les abeilles nettoyeuses et les nourrices. Les jeunes larves absorbent les spores via le miel contaminé, ensuite les nymphes sont infestées par les bactéries, qui se multiplient extrêmement rapidement, dès qu'une cellule est obturée. L'opercule s'affaisse ensuite et se perfore. Lorsque la larve est détruite, les bactéries se transforment à nouveau en spores. La propagation des spores entre les colonies se fait de différentes façons, mais principalement par l’apiculteur lui-même. En effet, la dérive ne serait pas un facteur important dans la propagation des spores entre colonies.Voici quelques pratiques apicoles susceptibles d’influencer le taux d’infection de la loque américaine : - transferts de cadres de couvain entre ruches
- montage de nucléi et division de colonies
- échanges de hausses (vides ou pleines) entre ruches
- nourrissement au miel
- mouvements de ruches d’un rucher à un autre
- vitesse de destruction des ruches malades
- méthodes de désinfection.
Conduite à tenir - Traitement- En cas de suspicion de loque américaine, contacter votre agent sanitaire ou la DDSV. L’agent sanitaire, après analyse de confirmation du diagnostic par le laboratoire départemental, vous indiquera si un transvasement a des chances de succès ou s’il faut détruire la colonie.
- L’élimination de tous les cadres est obligatoire dans tous les cas.
- En France, Il est interdit d'utiliser des antibiotiques contre Paenibacillus larvae, l'agent de cette pathologie. Il y a deux raisons pour cela;
- d'une part, il n'y a pas d'antibiotique ayant une AMM "abeilles",
- d'autre part et surtout, aucune substance antibiotique n'a obtenu de LMR (limite maximale de résidus) pour les produits de la ruche.
Destruction par le feu :
Les colonies faible infectées par la loque américaine sont généralement fermées et détruites le soir, ou durant une journée pluvieuse, lorsque les abeilles ne sont pas sorties butiner. On évite ainsi que les butineuses appartenant à la ruche iinfectée rejoignent les colonies avoisinantes et propagent la maladie. - Une mèche soufrée est allumée et introduite à l’intérieur de la ruche fermée. Les abeilles sont asphyxiées.
- Ouvrir la ruche et récupérer les abeilles et la totalité des cadres dans un sac-poubelle plastique.
- Désinfecter le sol aux abords de l'emplacement de la ruche (chalumeau).
- Si la ruche est en mauvais état, l’ensemble est brûlé à l’écart du rucher et les cendres sont enterrées. Si le matériel est en bon état, cadres et abeilles sont brûlés puis enterrées. Le plancher, le corps et le couvre cadre sont très soigneusement désinfectés au chalumeau ou à la javel.
 Transvasement : Le but est de guérir une colonie forte (qui en vaut la peine) en la réduisant à l'état d'essaim. N'ayant plus de couvain ni de réserves, elles vont se concentrer entre autre, sur l'activité "nettoyage". Les spores de LA présentes sur la cuticule sont ingérées lors du nettoyage, puis dans le jabot elles sont transférées à travers le proventricule. Puis elles sont soit détruites par le suc digestif ou bien acheminées vers l'ampoule rectale. Elles seront éliminée par défécation pendant les vols de propreté hors de la ruche. Ainsi toutes les spores seront éliminées avant que le couvain ne réapparaisse dans la colonie. Matériel necessaire: - d’une ruche propre désinfectée (passée au chalumeau ou à la javel) ou neuve munie de cadres de cire gaufrée.
- Une grande nappe en papier
- Un grand sac poubelle (pour y mettre le matériel contaminé et le papier avant destruction)
- sirop
- Un chalumeau
Mise en œuvre: - Placer la nappe en papier devant la ruche malade.
- Déplacer la ruche malade de 1 mètre en avant et poser la sur la nappe
- Disposer la ruche vide, désinfectée, avec ses cadres, à la place de la ruche malade.
- ouvrer la ruche malade et secouer chaque cadre sur la nappe. Chaque cadre est aussitôt mis dans un sac poubelle afin d’éviter le pillage par les abeilles voisines.
- Les abeilles rejoignent la nouvelle ruche.
- La nappe est pliée avec les débris, mis dans le sac poubelle, le tout est brûlé. Les cendres sont enterrées.
- Après le transvasement, il ne faut pas ajouter de cadre de couvain dans la ruche transvasée, même venant d'une ruche saine, cela permettrait le redémarrage immédiat de la maladie, les abeilles n'étant pas débarrassées de toutes les spores.
- Nourissez la colonie à minima (1/2 à 1 litre de sirop) afin que les abeilles ne puissent pas créer de provisions (qu'elles feraient si le nourrissement était abondant) et ainsi stocker des spores de loque américaine.
- Le soir lorsque toutes les abeilles sont de retour, récupérer la nouvelle ruche et placer la dans une cave pendant deux jours sur des papiers journaux. Tous les déchets seront de nouveau brulés.
- Profiter de l'absence de ruche pour désinfecter l'emplacement au chalumeau.
- l’outillage est désinfecté dans l’eau de javel, la ruche (si elle n’est pas brûlée) est grattée et passée à la flamme du chalumeau.
- La colonie transvasée doit être surveillée car la maladie peut à nouveau se déclarer.
Références: André Simoneau médecin vétérinaire au MAPAQ-CQIASA, AFCSA (Agence fédérale pour la sécurité de la chaine alimentaire), Apivet.eu, GDSA 38. Photos: api-connaissance-sanitaire.fr
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